Les membres fondateurs

Philippe abjean

Frédéric Morvan

David pliquet

Claude De langle

Le mot du Président

Une Université du Sens pour quoi faire ?

Pour injecter du sens dans un monde en crise. Dans une crise profonde. Et donc pour permettre de traverser cette crise ensemble. Cette Université, avec des intervenants de disciplines aussi diverses et complémentaires que la philosophie, l’économie, les sciences, les arts… a pour ambition d’aider à éduquer en apprenant le sens des choses.

Que notre civilisation soit en crise, le constat n’est pas nouveau. « Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortels », alertait déjà Paul Valéry en 1919. Il nous appartiendra d’en analyser les causes. Elles sont multiples. C’est un fait que les progrès scientifiques, techniques et économiques, produisent tout un ensemble d’effets négatifs, non seulement sur le plan écologique, mais aussi au niveau social, politique et culturel.

Notre Université du Sens entend interroger les aspects de cette crise de civilisation, sans doute aussi sur les chocs possibles de civilisation, non seulement pour mieux comprendre ce monde mais aussi et surtout pour assurer une transmission culturelle et proposer des messages d’espérance pour l’avenir de l’homme. Partout dans le monde des cultures disparaissent sous le rouleau compresseur de la mondialisation. Et avec elles, des valeurs qui soudaient les communautés. La pensée devient planétaire et la technique unifie, planifie l’économie, la politique, les façons de vivre. Précisément, le mot « planète » qui désigne un « astre errant » caractérise assez bien le statut de l’humanité moderne qui ne sait plus où elle va. L’individualisme et le relativisme sont désormais la règle et bouleversent les liens sociaux et familiaux. La crise est là-aussi dans la relation fondamentale entre l’individu et la société, l’individu et la famille, l’individu et lui-même. Tandis que les crises économiques et financières, exacerbées par la pandémie, invitent à nous interroger sur la place démesurée faite à l’argent dans nos sociétés. Tandis aussi que l’immigration massive, le multiculturalisme et avec lui la montée de l’Islam bousculent aussi notre identité.

L’enjeu est colossal. Il est celui de l’esprit. L’esprit d’une civilisation.

Mais il est aussi celui du sens de la vie, de notre vie, tout simplement. Albert Camus se demande, au début du mythe de Sisyphe si la vie mérite d’être vécue. Ce qui revient à se demander si la vie a un sens. C’est pourquoi l’Université du Sens sera ce lieu où pourra être réaffirmé que la vie n’est pas absurde, qu’elle n’est pas in-sensée. Que nous avons à être artisans de notre destin, à prendre notre vie en main. C’est vrai qu’autrefois, la question du sens de la vie ne se posait pas, ou peu, ou pas dans les mêmes termes. Parce que ce sens allait de soi. La vie était enchâssée dans un ordre du monde auquel fallait se plier.
Elle n’avait de sens qu’en vue d’un au-delà.

Aujourd’hui nous avons à retrouver la voie des premiers philosophes, celle de Socrate, celle de la connaissance de soi et du dialogue intérieur. Parce que la vie est interrogation sur elle-même, nous devons répondre à la question du sens de notre existence dans le temps.

Et j’entends par sens la notion tout d’abord de direction. Quelle direction donnons-nous à la vie ? Quel horizon ?

Puis, au risque de la tautologie, une deuxième notion, celle de signification. Quand un mot m’est étranger, je peux consulter un dictionnaire, le mot me devient alors familier. L’interrogation sur le sens de la vie présuppose un sentiment d’étrangeté. Ma vie m’est-elle devenue étrangère ? Ai-je vraiment prise sur elle ?

Et puis je vois un troisième sens au mot de sens qui caractérise notre Université. Comme lorsqu’on parle des cinq sens qui nous ouvrent au monde. Je pense, comme Saint Augustin, que comme il y a un odorat, un nez, il existe aussi un sixième sens qui est la capacité de sentir la vie, de trouver une certaine saveur à la vie. D’imaginer un art de la vie.

Et certainement, ; du même coup, une sagesse, ce que l’on appelait autre fois le « bon sens », cette capacité de juger et d’apprécier la vie.

Voilà, avec toute une équipe de sensibilités diverses, l’Université du Sens embarque dans une aventure qui est de réarmer la pensée, de faire entendre une voix forte sur les questions de société, notamment dans ce moment de clair-obscur qu’évoquait Gramsci entre un vieux monde qui se meurt et un nouveau lent à apparaître, moment où surgissent des monstres comme le transhumanisme annoncé.

Cette Université nouvelle prendra la main sur les débats du temps, s’efforcera de transmettre une culture, de produire réflexions et propositions. Au fil de conférences, colloques, séminaires, de cours, de débats publics, de tables rondes, expositions, autour de sujets d’actualité.

Les portes de cette Université vous sont ouvertes. Car la première mission d’une Université est d’éduquer, c’est-à-dire chercher le sens des choses . Enseigner comment trouver le sens des choses. Dans la rencontre. En réunissant les rêves des uns et les expériences des autres.

Philippe Abjean
Président de l’Université du Sens