Qu’est-ce que le sens ? Un artiste répond à la question 


Par Patrick Descamps,

Patrick Descamps est né en 1950. Il vit et travaille à Paris. Il est inscrit à la Maison des Artistes depuis 1991. Patrick est passé progressivement de la figuration à l’abstraction. Ses nombreux voyages ont généré notes et croquis, matières premières de toiles qu’il s’efforcent de transposer à travers le regard du voyageur et à la vision de l’artiste.

 » A la question  » qu’est-ce que le sens, pour un artiste ? « ,  je répondrai que chaque artiste a sa propre réponse; voici la mienne.

Mes premières années de vie professionnelle furent dans la communication. Après quinze années passées dans diverses agences de publicité, comme commercial, le bilan était clair : ma vie n’avait pas le sens que je souhaitais lui donner, même si « financièrement » j’assumais.

Depuis mon enfance, j’étais heureux dès que j’avais un pinceau à la main et que je pressais mes tubes de peinture. Jeune adulte, je  » volais du temps  » en vacances ou en week- end, pour aller peindre  » sur le motif « .

Peindre, vivre de ma peinture, me trottait dans la tête.

Au cours de l’année 1989, j’ai décidé, en accord avec les miens, de me consacrer à cette dévorante passion. Les premières années  furent compliquées mais très vite j’eus la chance d’être exposé dans plusieurs galeries, d’être apprécié et acheté par des amateurs et des collectionneurs.

Je prenais conscience que mes toiles touchaient un public et cela donnait du sens à ma nouvelle vie. Souvent je me demandais à quoi je sers, qu’est-ce que j’apporte ? Une réponse me fut donnée par un ami qui me dit un jour :  » ta démarche artistique, ta peinture m’apprennent à regarder. Je voyais mais je ne regardais pas. »

Je réalisai que mes peintures, déclinant  les croquis que j’avais pris lors de mes séjours à l’étranger, faisaient voyager et proposaient de  » regarder autrement « .

Le passage d’une forme de figuration à une forme d’abstraction, m’a permis de poursuivre ma quête de sens, de simplicité, de spiritualité.

Peindre n’est pas seulement un besoin, c’est une  nécessité et je fais mienne cette phrase de Joseph Albers : » je crois que l’art est parallèle à la vie. La couleur, selon moi, se comporte comme un être humain…de deux manières distinctes : d’abord dans son existence autonome, puis dans sa relation à autrui. » 

Ma seconde vie m’a donné un nouveau rapport à la vie et à  » l’autre ».

L’art donne un sens à la vie, comme la vie donne un sens à l’art.

Ma vie de peintre est de donner un sens à ma recherche, probablement spirituelle. Pour l’illustrer, ce travail sur les bois flottés récupérés sur les grèves, comme les clous de charpentiers de marine, les cordages ou les filets ne rappelle-t-il pas le bois de la croix, ses clous, ses cordes et les filets des pêcheurs?

Plus je vieillis, plus le sens de ma vie est de transmettre, de partager ce bonheur de  » voir « , d’observer ce monde  imparfait et si beau, de le décrire sur mes toiles en prenant le recul nécessaire.

Pour conclure, comme le musicien se livre lors du concert, le peintre se « met à nu » lorsqu’il expose car il s’expose.

Je veux espérer que ceux qui regardent ou achètent mes peintures, continueront à y découvrir ce qui fait sens pour moi, c’est à dire être un  » passeur », car l’artiste  » fait sauter la croûte du visible » comme le disait si bien le  » grand » Pablo Picasso. «