Sommes-nous arrivés aux portes de l’Apocalypse ?

Les lecteurs modernes du livre de l’Apocalypse de Jean rapportent souvent qu’ils voient, dans le chapitre neuf et dans la description des sauterelles qui sortent du puits de l’abîme, une image qui rappelle les hélicoptères des plus puissantes armées du monde actuel.

Il faut dire que la description est confondante :

« Elles avaient des cuirasses comme des cuirasses de fer, et le bruit de leurs ailes était comme un bruit de chars à plusieurs chevaux qui courent au combat. Elles avaient des queues semblables à des scorpions et des aiguillons, et c’est dans leurs queues qu’était le pouvoir de faire du mal aux hommes pendant cinq mois. »

Evidemment les scènes du film de Francis Ford Coppola, Apocalypse Now, nous reviennent à l’esprit et enfle en nos têtes la chevauchée wagnérienne des Walkyries qui porte le ballet tragique des hélicos dans le ciel vietnamien.

Quand en 1965, dans ces années où le risque angoissant du conflit nucléaire pèse comme un couvercle, l’état-major américain lance l’opération « Rolling Thunder ». Pense-t-il alors à cette autre image très présente dans le livre mystérieux et envisage-t-il seulement les conséquences qu’ont, sur les esprits et sur l’opinion des masses, les images angoissantes ?

« Alors, il y eut des éclairs, des voix et des coups de tonnerre, et un violent tremblement de terre ; on n’en avait jamais vu d’aussi terrible depuis que l’homme est sur la terre. »

Sur fond de musique hippie ou psychédélique et de plongeons dans les paradis artificiels, les films de réalisateurs de génie comme Coppola, Cimino, Stone ou Kubrick dépeignent avec force et violence le désarroi palpable d’une jeunesse à qui on voulait vendre le mythe d’un progrès consumériste qui mènerait au bonheur total mais que l’on forcerait à monter au front pour bien qu’elle comprenne la chance qu’elle aurait de profiter de ce modèle que l’on imposera à marche forcée. Quoi qu’il en coûte …

Schizophrénie chimique d’une époque critique où on se rappelle l’autre image de ce vieux fou hirsute qui porte une pancarte dans le trafic vrombissant d’une ville américaine et qui exhorte ses contemporains impassibles à la pénitence parce que la fin est proche …

Superbe et subversif Jim Morrison mais terrible fond de scène.

Nous sommes en 2021, nous avons, jusque présent du moins, échappé au feu nucléaire et reviennent, comme la nageoire dorsale de l’Hydre de Lerne dans les courants d’une époque accro aux images marquantes et aux infos spectacles, les sursauts hypnotiques de l’Apocalypse de Jean.

«Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête. Car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six. »

Nous sommes en 2021 et nous nous souvenons parfaitement des jours longs et tristes, dans les années 80, où Pieter Botha, malgré la pression internationale, maintenait l’apartheid sur la partie la plus pauvre de sa population et laissait s’égrener les jours insoutenables de la longue captivité d’un leader plus que charismatique.

Nous avions collectivement, à ce moment, l’idée de l’horrible injustice du régime sud-africain.

Laurent Joffrin qui venait d’intégrer la rédaction du journal Libération devait penser, comme absolument tout le monde occidental, que cette situation était intolérable. Il avait absolument raison.

Les temps changent et il nous faut rester modestes … Malgré « notre intelligence », nous n’avons pas réussi à calculer et encore moins à comprendre le fameux nombre de la bête.

C’est peut-être pour cette raison que la notion de séparation d’une partie de la population, pour des raisons sanitaires, cette fois, ne semble plus poser de problèmes.

Laurent Joffrin, dont les traits semblent devenus plus sévères avec les années, a d’ailleurs déclaré que, certes, il était perplexe sur la mise en place d’un passeport vaccinal mais que si ça permettait le sauvetage de l’économie, alors …

Il ne dit pas s’il l’imposerait «alors» aux enfants de moins de 12 ans.

La fin justifie les moyens n’est-ce pas !

Nous pouvons nous demander si Pieter Botha ne pensait pas que si la mise à l’écart des noirs de ce son pays permettait aux blancs de mieux vivre, alors, au diable la morale !

L’apocalypse de Jean reste un mystère, une énigme impénétrable. Nous pouvons peut-être en construire une image moins affligeante … 7 églises, 7 sceaux, 7 trompettes et 7 coupes … soit 28 évènements qui, s’ils sont dramatiques, sont bien organisés.

28 est le cycle de la lune. 28 est aussi le nombre de jour du cycle féminin … Heureusement M. Joffrin, la femme et la mère sont une promesse de tendresse et de réconfort dans ce monde qui ne tourne pas très rond.

Est-ce le message caché de la révélation de Jean ? L’Humanité en souffrance le souhaiterait sans aucun doute.

David PLIQUET